"Borgen", série féministe ? On devrait avant tout la regarder comme une série politique

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"Borgen", série féministe ? On devrait avant tout la regarder comme une série politique

Message  moi le Lun 7 Oct - 17:50

Jeudi soir a commencé la diffusion de la 3e saison de "Borgen", la série danoise qui fait le portrait de Birgitte Nyborg, une femme qui est Premier ministre du Danemark, et mère de deux enfants. Malheureusement, la version française biaise d’emblée la liberté d’interprétation du spectateur, en ajoutant au titre "une femme au pouvoir". Comment dès lors ne pas se demander si "Borgen" est une série féministe ?



Oui, "Borgen" est une série féministe mais...



Le scénario, de saison en saison, travaille sur un certain nombre de motifs que l’on croise dans le combat féministe occidental d’une part, et dans la simple réflexion sur la place des femmes de l’autre.



La distinction que j’établis entre ces deux sphères, c'est que l’une est idéologique et politisée tandis que l’autre, qui peut être le fait des sciences humaines et sociales ne l’est pas. Il y a comme une mise en application de ces argumentaires que l’on peut entendre sur la difficile place des femmes en politique, sur les obstacles que rencontrent les mères qui travaillent, les mères divorcées qui travaillent etc…



En ce sens, "Borgen" est donc probablement une série féministe. Adam Price, le scénariste, ne semble pas renier ce qualificatif, qui plus est.



Bassesses et misogynie



Pour ce qui me concerne, j’ai précisément volontairement refusé de regarder la série avec cette grille de lecture féministe. Non pas que je m’imagine qu’être une femme en politique, c’est pareil qu’être un homme en politique.



Ceux qui m'accusent d’être une contemptrice du féminisme oublient souvent que j’ai moi-même fait de la politique, j'en ai fait très jeune, je me suis heurtée à des haines et des manœuvres terribles, souvent misogynes, et loin de n’être que le fait des hommes ! Les bassesses les plus détestables venaient d’autres femmes.



Ce que "Borgen" montre assez bien d’ailleurs. Seulement, j'essaye de proposer une autre pensée du féminisme, une pensée alternative, qui se centre plus sur l'individu et sa singularité identitaire, que sur des grilles idéologiques sédimentées depuis plusieurs décennies, et sans souvent rapport avec le vécu des femmes d'aujourd'hui. C’est pourquoi j'ai voulu suivre ce récit comme celui d’un personnage original, et c'est finalement plus à partir de questions de politique et de morale que j’ai interrogé la série.



Que devient la théorie lorsqu'elle se confronte à la pratique politique ? Une des plus belles réflexions de philosophie politique que nous a proposé Kant, lorsqu’il discutait avec Benjamin Constant (à propos d’un éventuel droit de mentir par humanité) et dont "Borgen" nous en montre toute l’actualité et donc, tout l’intemporalité. La façon dont le personnage doit se durcir dans l’exercice du pouvoir, car devant sauvegarder la base de son autorité, quand bien même aurait-elle tord d’assumer certaines positions, est à mes yeux le fil narratif le plus intéressant de la série.



La femme, cet individu



Je vis moi aussi des dilemmes parfois déchirants entre ma vie personnelle et ma vie professionnelle. Mais je ne les vis pas seulement en tant que femme. Pas uniquement.



Écrire un livre ou ne pas le faire maintenant, par peur de perdre le soutien de ma famille qui accepte mon ordre de priorité depuis 10 ans sous le prétexte que "c’est la dernière année, après je ralentis". Accepter un certain nombre de déplacements à des moments où l’on s’attend que la famille et les proches soient une priorité. Être capable de revenir sur parole donnée que ce week-end, c’est aucun document de travail qui sort du sac à la maison parce-que cette fois, "c’est un projet vraiment important qui ne m’attendra pas"



Est-ce que ces dilemmes sont uniquement déchirants parce que je suis une femme ? Je ne le crois pas. Je crois qu’ils sont déchirants parce que j’ai de l’ambition, qui est un trait commun aux hommes et aux femmes. Ils le sont parce que je suis passionnée par mes recherches, et je ne crois pas que c’est d’avoir un cerveau de femme qui rende un individu passionné.



Il reste par contre un point assez précis sur lequel je suis assez convaincue qu’il faille l’envisager avec des lunettes de féministe : c’est celui des mères divorcées.



Je l’ai souvent écrit, il y a des circonstances objectives de la société occidentale qui fait que les mères divorcées vivent souvent un déclassement social que ne vivent pas les hommes, un phénomène qui s’accentue à mesure que l’on descend dans l’échelle socio-professionnelle. Mais finalement, Birgitte Nyborg, dans la série, ne le vit pas vraiment et cela parce qu’elle est, précisément, en haut de l’échelle sociale.



Le modèle nordique


"Borgen" est une série assez féministe, mais parce que précisément, je pense que nous avons posé un certain nombre de principes élémentaires quant aux droits et à la condition des femmes en Europe, je trouve que l’on ne devrait même plus poser la question de savoir si une série qui raconte la vie d’une femme Premier Ministre est féministe.



On devrait être capable de regarder "Borgen" comme une excellente série politique, qui permet de réfléchir à ce fameux modèle nordique en comparaison du nôtre, avec des comédiens assez exceptionnels et une matière scénaristique dense.



La possibilité d’une femme chef d'État au Danermark, comme en France, ce devrait être acquis. Et quelque chose me dit d’ailleurs que ça l'est bien moins en France qu’ailleurs en Europe : au Danemark, Helle Thorning-Schmidt est Premier ministre depuis septembre dernier
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