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ACCROCHAGE À AÏT BOUISSI DÉCEMBRE 1957

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Message  laic-aokas le Mar 21 Juin - 12:46

ACCROCHAGE À AÏT BOUISSI DÉCEMBRE 1957


Le moudjahid Chabane Ahmed se souvient comme si cela datait d’hier de cet engagement militaire en ce début de l’hiver 1957. La compagnie à laquelle il appartient quitte ce jour-là le refuge de Tagouba pour se rendre au village Imdane, à Aït Bouissi.


Sitôt arrivés en ce lieu, les Moudjahidine sont informés par les guetteurs qu’une patrouille de plusieurs dizaines de soldats français s’apprête à investir la zone pour capturer des Moussebline. A cette annonce, les combattants se hâtent de prendre position sur un sommet stratégique appelé Ighil Amirouche ou la crête Amirouche.

De là-haut, camouflé sous une ramée d’olivier, son pistolet-mitrailleur bien en mains, Chabane Ahmed est aux premières loges pour suivre le théâtre des événements. Là-bas, les soldats s’affairent à rassembler sur une aire de battage toute la population – hommes et femmes – puis un officier élève la voix pour articuler son discours.

« Sachez tous que les fellagas ont été tués par la grande armée française. Il reste quelques-uns sans armes qui seront bientôt arrêtés. Nous savons qu’ils viennent vous voir. Dans leur intérêt, dites-leur de se rendre. Il ne leur sera fait aucun mal. »

A la fin du sermon, quand la foule commence à s’éparpiller, Chabane Ahmed aperçoit de son poste d’observation une femme qui s’enfuit en criant, poursuivie par un soldat. Au moment où elle atteint la porte de sa maison, le militaire arrive à l’agripper par la tête mais ne réussit qu’à lui arracher son foulard qu’il empoche avant de rejoindre les rangs de son unité.

En file indienne, les soldats empruntent un sentier de chèvre et commencent à grimper la pente abrupte menant vers la surélévation où sont tapis les maquisards. A quelques mètres de l’objectif, le premier militaire flairant un danger s’arrête net au milieu de la piste. Un de ses camarades l’interpelle en langue arabe :

« Alors, que se passe-t-il ? Tu as peur des fellagas ? Allez avance espèce de mauviette ! »

Ce disant, il prend la tête de la colonne et d’un large geste du bras invite les autres à le suivre. Mal lui en prend. C’est ce moment que choisit Chabane Ahmed pour tirer une rafale. Plusieurs balles atteignent l’épaule gauche du soldat qui tombe sans vie à la renverse. Plusieurs détonations éclatent. Cinq soldats de plus sont tués et quelques autres sont blessés. Profitant de la confusion, un moudjahid se rue sur le premier corps étendu et le dépouille de tous ses effets à l’exception du sous-vêtement. Sur ces entrefaites, un avion bombardier de couleur jaune[1] surgit dans le ciel et s’emploie à pilonner la crête Amirouche.

Mais trop tard, les combattants ont déjà décroché. Les morts et blessés ennemis sont emmenés sur l’aire de battage où la population est une nouvelle fois réunie. Les six corps sans vie des soldats, dont celui complètement dénudé, sont préalablement couchés face contre terre. L’officier pose le pied sur l’un des cadavres, puis prend la parole devant l’assistance bouleversée.

« Voyez vous-mêmes ! Nous venons d’éliminer six fellagas. Les autres seront exterminés aussi s’ils ne se rendent pas ! »

Piètre mensonge ! L’armée française ne sait plus quel subterfuge inventer pour venir à bout de cette Révolution décidément irréversible, et désormais triomphante.

Quelques minutes après, en faisant plusieurs va-et-vient, un hélicoptère viendra transporter les corps des soldats touchés. Après le départ de l’armée ennemie, les Moudjahidine rassemblent à leur tour les habitants pour apporter un démenti formel aux fausses assertions de l’officier. En enfilant le pantalon retiré au premier soldat tué, le moudjahid a trouvé dans l’une de ses poches le foulard arraché à la femme. Celle-ci reconnaît immédiatement sa pièce d’étoffe qui constitue de ce fait une preuve évidente démontrant que les corps exposés sont en réalité des soldats de l’armée française. La découverte de cette mystification rehausse davantage l’estime des maquisards dans le cœur du peuple. Et, ce soir-là, tous les foyers se sont mobilisés pour offrir un grandiose souper aux combattants et laver leur linge sale.

Le lendemain, vers onze heures, vêtus proprement, les trois sections de Moudjahidine prennent la route de Lotha, une zone interdite où ils sont accueillis par Merjane, le chef des Moussebline connu pour son tempérament impétueux. Envisageant de tendre une embuscade aux hommes du capitaine Mathieu, le chef demande conseil à Merjane. Celui-ci répond tout de go :

« Comment faire venir à nous les soldats ? C’est facile. Il suffit de couper la canalisation d’eau qui dessert le village de Souk El Ténine. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les combattants se placent en embuscade et attendent patiemment l’arrivée des troupes françaises. Mais, pendant trois jours, point de soldat à l’horizon. A l’aube du quatrième jour, les Moudjahidine décident d’aller à l’assaut des troupes du capitaine Mathieu.

Mais le rapport des forces est en faveur de l’ennemi mieux armé. L’offensive est repoussée par les soldats français. Tout de suite après, deux avions à double quille apparaissent brusquement et commencent à larguer leurs bombes meurtrières. Le souffle de l’une d’elles projette Chabane Ahmed à plus de cinq mètres. Dans le fracas des explosions, il voit de l’eau jaillir du sol, des arbres déracinés voler en l’air comme des fétus de paille. D’une voix forte, un blessé encourage ses compagnons à lutter sans relâche pour que vive la Révolution. Soudain, une roquette emporte les deux jambes d’un combattant qui hurle de douleur en suppliant ses camarades de ne pas l’abandonner. Chabane Ahmed rampe jusqu’à lui, le prend dans ses bras et lui crie à l’oreille :

« N’aie aucune crainte, nous sommes avec toi. Courage frère, courage, nous allons nous en sortir ! »

Un tressaillement parcourt tout le corps littéralement coupé en deux du blessé. Puis, la tête du combattant s’incline de côté, sans vie. Un moudjahid et Chabane Ahmed enterrent sommairement le martyr dans un creux dans le sol avant de rejoindre leurs compagnons dans le mouvement coordonné de repli. Dans leur retraite, les combattants essuient également le tir des canons de frégates qui ont jeté l’ancre au large. Le bilan des pertes est lourd : quatre morts et quatre blessés dont un atteint grièvement.

Vers vingt-heures, les trois sections rendent les honneurs aux combattants tombés pour la patrie. Puis, installant les deux blessés graves respectivement sur un brancard de fortune et sur un mulet, ils se remettent en route vers le refuge de Mjounès. En chemin, au cours de la traversée d’une petite rivière, le combattant sérieusement touché rend l’âme.

A Mjounès, les combattants s’autorisent un peu de repos avant de répondre à l’appel du chef pour remplir une nouvelle mission. Une autre encore, et encore une autre, avec tous les sacrifices que cela suppose, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Qu’y a-t-il de plus cher pour les patriotes libres que la libération du pays et le sacrifice ?


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Message  laic-aokas le Mar 21 Juin - 12:47

source:

AOKAS : Histoire et faits d'armes (livre édité par l'association "Aokas mémoires") . un livre très intéressant à lire assurément !

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Message  azemour le Mer 14 Sep - 0:04

je cite "Voyez vous-mêmes ! Nous venons d’éliminer six fellagas. Les autres seront exterminés aussi s’ils ne se rendent pas ! »"

est ce que ils sont exterminés ces fellagas ou non ???
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Message  Azul le Lun 2 Mar - 13:16

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