Encore une interdiction d’une conférence-débat au Café littéraire d’Aokas

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Encore une interdiction d’une conférence-débat au Café littéraire d’Aokas

Message  Azul le Lun 10 Juil - 17:20

Encore une interdiction d’une conférence-débat au Café littéraire d’Aokas




Essayer d’uniformiser une société plurielle non seulement est une action vaine, mais aussi une façon de la mobiliser contre ceux qui détiennent le pouvoir. Dans une démocratie, en principe, non seulement on est libre de penser, mais on a aussi le droit d’exprimer notre pensée et de la faire connaître aux autres…    
 
         L’autoritarisme et la peur de la parole et de la pensée libre sont deux maux structurels dont l’État algérien n’arrive pas à se débarrasser malgré la Constitution de 1989 qui a institué le passage du parti unique et de la pensée unique au multipartisme et à la liberté d’expression, sinon comment expliquer la multiplication d’interdictions de conférences-débats un peu partout sur le territoire national?  
          Sans doute, la démocratie de façade en Algérie  n’a-t-elle pas réussi à changer les mentalités de nos dirigeants. La censure demeure sans équivoque un moyen de contrôle de la société malgré la révolution des techniques d’information.  
           Le Café littéraire d’Aokas subit depuis quelques mois le diktat d’une autorité qui puise ses pratiques dans une tradition autoritaire en principe révolue.
           Depuis quelques années, des citoyens d’Aokas ont choisi de consacrer leur temps libre à la culture, une initiative qui devrait être encouragée, mais malheureusement les autorités ont une autre vision de la vie et de la culture, ils font tout pour freiner cet élan culturel qui devient de plus en plus, malgré les embauches, une tradition à Aokas. Des citoyens épris de culture, de débats et d’échange d’idées sur tout, organisent des conférences-débats chaque samedi sans interruption traitant des questions politiques, philosophiques, littéraires, sociologiques, environnementales. Malheureusement, des imprévus provenant  de l’administration ou des autorités locales en général interviennent pour briser cette dynamique. Ce n’est pas la première fois que les organisateurs de ce Café littéraire subissent une censure de ce type; ils en sont à la septième ou huitième interdiction.
            Cette semaine, c’est au tour de la conférence de l’écrivain Armand Vial d’être interdite par les autorités locales. Pourquoi? Personne n’est en mesure de répondre à cette question. Pour le reste, est-ce seulement étonnant quand on sait que l’opacité est la seconde nature de l’autoritarisme et que ce dernier est plus dans l’action que dans la réflexion?
         Beaucoup s’interrogent sur le motif de l’interdiction. Y a-t-il quelque chose qui est de nature à troubler ou à renverser l’ordre social ou politique dans le contenu de sa conférence? Le conférencier est-il un grand opposant du pouvoir? En quoi le thème de la conférence ou le conférencier sont-ils une menace avérée au pouvoir? Sont-ce des menaces directes au régime en place?
La vérité est qu’on est rendu à une étape où le simple fait d’organiser un événement culturel qui échappe à son contrôle est déjà une atteinte à l’esprit autoritaire de notre pouvoir; c’est un crime de lèse-majesté que le pouvoir interprète comme une entrave à sa souveraineté.
          Des interrogations auxquelles les organisateurs du Café littéraire et le public habitué n’arrivent pas à répondre, d’autant plus que le même écrivain a été invité par la chaîne de télévision publique, Canal Algérie, l’organe officiel du régime, et le hic, pour la même thématique; c’est-à-dire pour parler de son livre, de Constantine, sa ville natale,  intitulé Ksar Tina. Rien de menaçant au pouvoir, son livre invite le lecteur avec des photos et des textes à plonger dans  l’ancienne ville de Constantine pour faire parler de ses murs et tout ce qui l’embellit ou la rend laide. En fait, dans son contenu, il n’y a rien de politique, la chasse gardée des régimes autoritaires et totalitaires n’a pas été violée.
          Pour avoir une idée sur cet agissement, il faut savoir que  le totalitarisme est d’abord le gouvernement d’un petit groupe au sommet de l’État qui décide en fonction de ses idées propres seulement. Personne d’autre n’a le droit de donner son avis ou de contester le leur sur toutes les questions en rapport avec la gestion de la cité. Les décideurs croient qu’ils sont les seuls à détenir la vérité et par conséquent les seuls à avoir la compétence à orienter le peuple vers la direction qu’ils jugent être la bonne; personne d’autre n’a le droit d’exprimer une autre opinion que la leur.     
 
            Pourquoi donc interdire cette conférence? Aucune explication raisonnable n’explique une décision aussi absurde. En voulant s’adapter à l’esprit du régime autoritaire, l’administration tombe souvent dans la folie, le comique et le loufoque. Le résultat est tout le temps le même, c’est-à-dire la restriction des libertés fondamentales. L’administration est censée avoir un fonctionnement raisonnable, mais lorsqu’elle est contrainte à appliquer une absurdité qui émane du sommet, d’une personne ou d’un groupe de personnes hermétiques et étanches aux avis différents ou contradictoire, elle agit aveuglément sans aucune justification acceptable par le sens commun des mortels, elle tombe dans le grotesque et l’invraisemblable.
               Ainsi, en voulant garantir la stabilité et la paix au détriment de la liberté d’expression, le pouvoir risque de provoquer le contraire, un soulèvement, une révolte, des protestations qui vont mettre en cause son existence et plonger le pays dans l’instabilité. Les autorités devraient tirer des enseignements des manifestations d’avril 1980 qui ont suivi l’interdiction d’une conférence sur la poésie berbère. Mais, hélas, l’autoritarisme n’apprend pas de ses erreurs; au contraire, il a tendance à les répéter, il confond entre la force et la souveraineté.    
             Essayer d’uniformiser une société plurielle non seulement est une action vaine, mais aussi une façon de la mobiliser contre ceux qui détiennent le pouvoir. Dans une démocratie, en principe, non seulement on est libre de penser, mais on a aussi le droit d’exprimer notre pensée et de la faire connaître aux autres. 
 
Par Ali Kaidi
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Re: Encore une interdiction d’une conférence-débat au Café littéraire d’Aokas

Message  Azul le Lun 10 Juil - 17:21

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