De la culture à contre-courant

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De la culture à contre-courant

Message  moi le Jeu 9 Mar - 17:27

De la culture à contre-courant
La maison de la culture a vu des départs et des installations de directeurs. Elle est aussi souvent cause des incendies et des émeutes ! Elle est un des témoins de l’histoire des différents mandats de FAKHAMATOUHOUM, des directeurs qui se sont succédé pour la gérer et aussi des citoyens de Bgayet spectateurs avec une passivité, primaire toujours en souffrance, qui n'était pas dans ses habitudes. Mais, les présents à un meeting en 2014, une panoplie de brochettes-chiatines du pouvoir appelée pour les circonstances société civile, se souviendront à jamais de cette journée où les citoyens de Bgayet avaient dit non à ce pouvoir et ses relais. Le gestionnaire de l’époque aussi était présent. Voyant la foule qui s’agrandissait, il ne pouvait rien faire cette fois-ci. Il s’est tu en attendant l’aide des forces de l’ordre.
La maison de la culture, témoin de l’histoire, témoin du temps présent, est aussi ce lieu de non-respect des libertés de culte et de conscience un certain jour de ramadhan de 2014. A l’époque, c’était une directrice. Elle était, malgré elle, témoin de cet instant qui est inscrit comme une trace du combat dans l’histoire. Voyant que les jeunes non-jeuneurs n’étaient pas nombreux, elle a pris ses devant en faisant des contents chez les autorités locales : du wali au chef de sureté qui n’ont pas à intervenir. Cette fois-ci, elle ne s’est pas tu, elle n’a pas attendu les forces de l’ordre.
De l’ouverture officielle aux conflits contemporains, la maison de la culture a été le témoin de l'histoire sociale et politique de toute une région. Témoin surtout de cette lutte identitaire que le pouvoir, à travers ses relais et ses directeurs, renie. Qui se souvient de la plaque « Axxam n Yidles Taos Amrouche » accrochée à l’entrée de la maison de la culture ? Il a fallu 126 martyrs pour que nous puissions l’accrocher en 2002. A l’époque, les autorités locales, la direction de la maison de la culture et les salafistes, répondant à une nécessité apparente qui résultait d'une situation de cette période, jouaient le rôle des pompiers dans la wilaya ; ils ne pouvaient pas s’y opposer. Au fait, l’action d’accrocher la pancarte s'exerçait dans une situation et s'inscrivait dans un jeu de forces. Les directeurs des institutions publiques, à l’exemple de celui de la maison de la culture de l’époque, obéissants aux ordres venus d’en haut, ne pouvaient dire non ! Quinze ans après, la plaque n’est plus ! Qui a donné l’ordre de l’enlever ? Pour quelles raisons ? La maison de la culture, le témoin du présent et le dépositaire des secrets, notera à jamais cet acte ignoble, insoucieux et irrespectueux envers les martyrs d’hier et d’aujourd’hui de l’Algérie démocratique. Pour l’histoire, pendant le règne de la directrice que la plaque a été décroché.
Plus grave, des moments de révoltes se sont déroulés devant cet édifice public. Mais, les gestionnaires nommés par le pouvoir pour prendre en charge les aspirations des citoyens de la ville sont, apparemment, amnésiques. Sinon, comment met-on une la salle de spectacle pour le comité "des bêtes", pardon, des fêtes de la ville de Bgayet et au même temps, la refuser à un promoteur de spectacle professionnel ? Qui l’a refusé ? Pourquoi l’avoir refusé ? et pourtant, ce n’est pas gratuit !
Parfois, les responsables locaux expliquent leurs actes par une obligation d’appliquer les ordres venus d’en haut. Seulement, je pense que les directeurs le savent bien, l’application formelle et aveugle des ordres ne conduirait qu'à l'injustice et pourrait devenir un "danger potentiel". L'application de l’ordre n'est pas une fin en soi pour un responsable exécutif. Et les convictions ? Finalement, les convictions, même reniées pour des postes de responsabilités, sont souvent accolées aux comportements à tenir vis-à-vis du pouvoir.
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Re: De la culture à contre-courant

Message  rebelle kabyle le Mer 19 Juil - 20:53

Younes Adli. Anthropologue, linguiste, historien et journaliste
«Nous sommes en présence d’une répression du savoir et de la culture»


Younes Adli se définit comme un «libre penseur» qui a choisi sa Kabylie natale comme aire de recherche. «Loin de toute optique ethnocentriste», précise-t-il. Il en est à son huitième ouvrage sur l’identité, la culture et l’espace amazighs. Sa dernière conférence autour de son dernier livre Les efforts de préservation de la pensée kabyle aux XVIIIe et XIXe siècles, récemment réédité, a été interdite manu militari et empêchée par les autorités de la wilaya de Béjaïa. Explication.
- Votre dernière conférence en date autour de votre livre Les efforts de préservation de la pensée kabyle aux XVIIIe et XIXe a été interdite par les autorités de Béjaïa. Que s’est-il passé au juste samedi dernier à Aokas, où devait se tenir votre conférence ?
Il s’est passé la chose suivante. Tout d’abord, je tiens à rappeler que j’ai eu à animer des centaines de conférences et jamais il n’y a eu un quelconque problème. A mon arrivée à Aokas, invité par une association locale, je trouve le centre culturel de la ville — où devait se tenir la conférence — complètement assiégé par la police.
Les organisateurs avaient pourtant pris soin de demander, au préalable, l’autorisation nécessaire, chose qu’ils ont pu obtenir au demeurant, et les autorités locales, représentées par le vice-président de l’APC, étaient présentes sur les lieux et ont confirmé l’octroi d’une autorisation en bonne et due forme. Le commissaire de police, qui a ameuté ses troupes, plus d’une centaine de policiers, nous signifiera expressément l’interdiction d’entrer dans les locaux du centre culturel, arguant des ordres reçus de sa hiérarchie.
Parmi les présents, figurent deux membres de l’APW de Béjaïa, un représentant de la Ligue des droits de l’homme aussi venus assister à la conférence. Le commissaire, à qui nous avons demandé de nous présenter une décision écrite d’interdiction, se contentera de nous menacer.
«Je vous donne cinq minutes pour déguerpir sous peine d’être embarqués», nous dit-il. Même l’intervention du président de l’Assemblée de wilaya auprès de cet officier fut vaine et les provocations de la police ont été telles, que les nombreux jeunes ont tenté un début de marche de manifestation qui a été arrêtée d’une manière pour le moins musclée, alors qu’il ne s’agissait aucunement de terroristes. Le temps des palabres terminé, la conférence interdite est commuée en vente-dédicace improvisée à la terrasse d’un café mitoyen.
- Cette interdiction est-elle imputable au zèle de l’appareil policier ou émanerait-elle de plus haut ?
Je n’en sais rien. A partir du moment où un document officiel nous autorisait à tenir conférence, je trouve qu’il n’y a pas lieu d’interdire l’activité. Le commissaire, qui a menacé les gens, moi en tête, affirme pourtant n’être destinataire d’aucune décision formelle d’interdiction. «J’ai des ordres : je les exécute», nous a-t-il signifié. Nous, on est respectueux des lois et règlements de ce pays…
- Qu’est-ce qui a justifié, selon vous, cette interdiction ?
Encore une fois, je n’en sais rien. Une chose est certaine : c’est que j’en ai été victime. Quant au motif, je ne saurais vous le dire.
- Vous n’établissez pas de lien avec le contenu de votre dernier ouvrage. La survivance de la pensée kabyle ne serait-elle pas le mobile ?
Ma conférence est articulée autour de ce livre. Mais au-delà du livre lui-même, je crois que c’est le savoir, la culture en général qui sont manifestement sujets à interdiction.
- Qu’avez-vous donc écrit d’effrayant dans votre opus pour susciter une telle réaction ?
Je crois que l’objectif de cette opération est de faire régner la peur. Car aucune justification n’a été avancée et, à ce propos, j’interpelle publiquement le wali de Béjaïa pour qu’il assume ses responsabilités et qu’il dise pourquoi la conférence a été interdite !
- Le 10 mars 1980, la conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne a été interdite par le pouvoir politique, s’en suit alors le Printemps berbère. En mars 2017, c’est autour de la pensée kabyle de Younes Adli de l’être à son tour. L’histoire se répète-t-elle ?
Je ne conçois pas la chose de la même façon. Et je n’avancerai pas de certitude.
- Soupçonnez-vous une quelconque volonté de provoquer une réaction en chaîne similaire à celle qui a suivi l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri ?
Je n’ai pas cette prétention de me comparer à Mouloud Mammeri. La police a fait dans la provocation et il a fallu beaucoup de sang-froid pour ne pas y répondre. C’est une éventualité. Que voulez-vous que je vous dise d’autre. Toutefois, en tant qu’Algérien, j’ai été victime d’un abus. Un abus de la police, des autorités de Béjaïa, par ricochet.
- Alors qu’est-ce qui dérange dans votre livre exactement ? En quoi la survivance de la pensée kabyle peut-elle incommoder ?
Le livre est une thèse de doctorat d’Etat. Je ne vois vraiment pas ce qui peut déranger dans ce livre. Je relève que cette interdiction arbitraire vient au moment où tamazight est consacré langue officielle. J’en déduis que ce genre de productions scientifiques, on n’en veut visiblement pas.
- Ne craignez-vous pas que vos ouvrages servent de matrice à des mouvements séparatistes de type MAK ?
Non, non, je ne vous suis pas du tout. Dans cette affaire, aucune mouvance n’a interféré. Il s’agit d’une association locale qui a l’habitude d’organiser ce type d’activités et qui m’a invité. Je n’ai pas été invité par un quelconque mouvement ou parti politique.
- Pouvez-vous nous parler du contenu de votre livre ?
Je ne vous ferai aucune présentation. Cela fait plus de trois ans qu’il a été édité. C’est une thèse de doctorat d’Etat présentée et soutenue à l’Institut national français des langues et civilisations orientales (Inalco). Il n’y a rien d’extrémiste, de terroriste ou de voleur là-dedans.
- Vos prises de position résolument antipouvoir algérien, maintes fois exprimées lors de conférences, à l’étranger notamment, y sont-elles pour quelque chose ?
Encore une fois, il s’agit d’un livre, d’un travail de recherche. Maintenant, il est vrai, comme vous le dites, que je suis un libre penseur. Si cela les gêne, ma foi, qu’ils nous disent en quoi. Je n’ai pas à me justifier. C’est mon 8e livre et par le passé, j’ai pourtant clairement dit que je ne fais partie d’aucun mouvement, ni parti politique. Maintenant, s’il est interdit de choisir la Kabylie comme aire de recherche, qu’ils nous le notifient par écrit.
- Certains vous reprochent vos thèses ethnocentristes. Qu’en dites-vous ?
Franchement, cette question n’a pas lieu d’être. Et je la récuse. Le débat est l’interdiction d’une conférence publique d’une manière tout à fait arbitraire. Nous sommes en présence d’une répression : répression du savoir, répression de la culture. Je défends mon aire de recherche qui est la Kabylie. Avant la Kabylie, c’est Tamazgha, l’espace amazigh, qui a été au cœur de mes recherches.
- Alors pas d’ethnocentrisme dans l’histoire ?
Non, je ne répondrai pas à cette question, car je ne suis pas du tout dans cette optique. Je fais des recherches, je les rends publiques et jusque-là tout s’est bien passé.


Mohand Aziri


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rebelle kabyle

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