Un théâtre de verdure à Aokas: ce pays qui croit encore à une patrie citoyenne

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Un théâtre de verdure à Aokas: ce pays qui croit encore à une patrie citoyenne

Message  laic-aokas le Lun 26 Déc - 12:42

Un théâtre de verdure à Aokas: ce pays qui croit encore à une patrie citoyenne


Et si notre village inspirait tout le pays, et s’il posait les graines premières dans les cœurs pour y conjurer toutes ces jungles de la bigoterie et y répandre le beau, le cordial, le réciproque… L’humain simplement! 
 

Le projet d’un théâtre de verdure à Ait -Aissa (Aokas), Bejaia (Algérie)
     Une société qui avance, qui écrit son destin à l’encre rare de la hauteur pour mieux dompter le vertige par ces temps de servilité vassale caractéristique. La preuve, n’est-ce pas, que ce sont les petites choses qui, accumulées, changent le monde; posent le pas fondateur de la marche inexorable pour traverser la nuit et atteindre l’aube et l’or du jour. Ce jour viendra et l’on s’enquerra du monde d’ici, des cimes qui apprivoisent la mer dont le métier est l’azur et du Babor orgueilleux qui fume les étoiles et les nuits farineuses. J’ai envie de dire que nous sommes de là; de ce pays qui a ses rêves plus grands que ses peurs; de cette patrie pétrie de l’homme, inguérissable de ses utopies, enfant jusqu’à la lie. Parce qu’elle croit encore au possible d’une scène sur une colline ou une crête qui domine la Méditerranée comme pour mieux nous y ancrer, un théâtre verdoyant, dira-ton, parmi les oliviers de surcroît… car aux pieds de leurs racines se cachent les plus inestimables des trésors. Déjà, c’est peut être l’olivier qui a fondé la démocratie… et le théâtre!
     Et si notre village inspirait tout le pays, et s’il posait les graines premières dans les cœurs pour y conjurer toutes ces jungles de la bigoterie et y répandre le beau, le cordial, le réciproque… L’humain simplement!
       Un théâtre de verdure conviera le monde chez nous; il nous ouvrira sur l’Autre; rien que le paysage est raffermissant pour les yeux; pour sûr qu’il répandra ses papillons inspirateurs pour provoquer les muses de nos futurs créateurs; des auteurs, des musiciens, des artistes de tous genres.
     Les Lumières ont été d’abord des actions, des prises de parole publiques; des hommes avaient osé dans la nuit féroce allumer une chandelle pour braver le vent tempétueux de la pensée une et uniforme. Une lumière quand bien même fluette, mais qui a le don d’éteindre par petits morceaux la nuit. Et la lumière résonne de son écho… photonique.
     Qui ne rêve pas d’une telle scène, d’un théâtre de verdure qui a la Grande bleue aux poumons, l’odeur du sel, le potin des coquillages et les sérénades des goélands dans la bouche et l’oreille?
      Des hommes, des femmes et des enfants posent les briques premières du pays futur. Pour une fois, sommes-nous tentés de dire, que l’on se rassemble et œuvre pour la chose commune; pour quelque chose de grand, quelque chose qui transcende les considérations mesquines de l’homme cupide. Des citoyens ont un poème, une chanson, une déclaration, bref, de l’art dans l’âme, de l’art comme un foyer de chandelles capable d’instruire un pays comme une veillée succulente, à la place de l’oraison, de la vérité incontestée et d’une définition eschatologique du monde.
     Ailleurs, dans pratiquement toutes les terres dites d’islam, on ne s’engoue plus que pour les mosquées, pour des bâtiments qui érigent davantage d’espaces pour l’abolition de l’homme. La preuve en est l’Algérie : à défaut d’une grande bibliothèque pour chaque région pour réfléchir un État à long terme, notre président préfère plutôt une mosquée à coups de milliards de dollars pour que les peuples continuent à paitre dans les pâturages de l’ignorance. Quand la religion est sortie de l’intériorité des êtres, quand la foi cesse d’être l’interrogation existentielle pour qu’elle devienne un somnifère puissant pour le sommeil éternel et assumé des masses.

     Les livres, ça fait peur, ça fait éclore la question et le doute dans les têtes, ça remet en cause le plomb des certitudes. Quand l’Algérie avait des maisons de théâtre partout, eh bien, notre pays était plus ouvert simplement; nos discussions étaient plus conviviales; le touriste sur la plage ne nous étonnait aucunement. L’Autre alors n’était pas l’être que l’on convoquait à la moindre escarmouche pour justifier nos défaites.
     Mais ici, on pense théâtre. Un théâtre qui a le ciel comme toit, la mer comme horizon et la montagne hissée comme première spectatrice. Vivement du Moh Yahia, du Kateb Yacine, du Bouguermouh, du Beckett, du Brecht, du Toufik Al Hakim, du Medjoubi. Et Tabrwit, La brouette, la pièce qui nous berce depuis des lustres. L’histoire d’une vieille brouette têtue et échinée, grinçant du matin au soir, et qui remet en cause l’ordre établi…
     Nos dramaturges en herbe n’auront plus comme prétexte le défaut de la scène… à vos plumes, à votre imagination pour y puiser les fruits suaves de la mémoire et de la postérité!  
     Alors mille bravo pour toutes celles et tous ceux qui sont derrière le projet grandiose pour que nos enfants comprennent qu’il existe une vie à laquelle il faut donner prétexte; une vie qu’il faut assumer, vivre pleinement.
    Le théâtre et la littérature en général sont l’un des antidotes les plus efficaces contre la bigoterie, contre tous les fanatismes, contre la tyrannie de la foule et les masses moutonnantes. Du reste, faut-il s’interroger sur l’origine de l’idée d’un théâtre de verdure ici, dans un petit village, au nez et à la barbe de toutes les instances officielles? Du livre, bien évidemment. Des gens en qui survivent encore les Kateb Yacine et les Voltaire, de rares rêveurs qui n’ont pas succombée au bruit tonitruant des sirènes idéologiques ?
    Quand on voit toute cette foule, des hommes, vieux ou jeunes, tous nourrissant la même idée citoyenne, tous animés par le même feu d’un lendemain possible, on se dit que le rêve est permis, que la légende nous a peut-être, et à nouveau, ouvert ses bras, que l’avenir peut ressembler à cette leçon d’humilité sur ce que doit être le vivre ensemble.
    L’association Tadukli fait bouger les lignes. Ses femmes et ses hommes croient encore aux arbres, à la verdure essentielle aux yeux, aux sentiers qui nous continuent dans le paysage, aux œufs fragiles du vivre ensemble. Ils savent que seule l’action détrône l’insipidité et l’insignifiance des jours; ils croient surtout aux paroles ô combien justes de Khalil Gibran, l’auteur du célèbre Prophète : « Le désir est la moitié de la vie, l’indifférence est la moitié de la mort.»
    Bravo à tous ces hommes et femmes qui, de près ou de loin, qui de son action, qui de son idée, qui de son argent, œuvrent pour la concrétisation de cette sublime histoire.  
     Un Village Gaulois des Lumières pour continuer à repousser les assauts déferlants de la nuit inquisitrice, qui dit mieux? Que notre village inspire toute la Kabylie et toute l’Afrique du Nord! Car…  Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut, disait Victor Hugo.
 
Par Louenas Hassani
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laic-aokas

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