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HAMID LOUNAOUCI AU SOIR D’ALGÉRIE : «Toute une génération d’Algériens est traumatisée par la violence»

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Message  Aokas Revolution le Mar 25 Déc - 12:31

Entretien réalisé par Kamel Amarni


Ancien ministre des Transports dans les gouvernements successifs de Ahmed Benbitour et de Ali Benflis de décembre 1999 à mai 2001, Hamid Lounaouci est également un militant de la première heure pour le projet démocratique et républicain. Un parcours politique d’une trentaine d’années, entamé au tout début des années quatre-vingt au sein du Mouvement culturel berbère (MCB), avant de rejoindre le Front des forces socialistes dont il finira secrétaire général mais qu’il quittera en guise du soutien imposé au FFS par Hocine Aït Ahmed aux islamistes du FIS, pour rejoindre le Rassemblement pour la culture et la démocratie.
Elu député en 1997 puis en 2007, il occupera plusieurs fonctions à l’Assemblée comme au parti. Il décidera néanmoins de prendre du recul par rapport à la vie partisane organique sans pour autant se déconnecter de l’actualité politique, nationale et internationale. Loin s’en faut, comme l’on se rendra compte à travers cet entretien où il décrypte froidement mais avec une telle finesse, la situation politique très complexe prévalant en Algérie et alentour…
Le Soir d’Algérie : L’Algérie vient de connaître deux élections fortement marquées, selon certains acteurs politiques, par l’abstention et la fraude. Quelle lecture en faitesvous ?
Hamid Lounaouci : Dans une situation normale, une élection est un moment de convergence entre une classe politique et des citoyens impliqués dans le destin de la communauté nationale. Le premier enseignement que l’on peut tirer de ces élections, c’est, évidemment, le peu d’intérêt qu’elles auront suscité. Ce phénomène n’est pas nouveau et les raisons essentielles sont à rechercher, en grande partie, dans le passé très récent de notre pays. Souvenons-nous d’ailleurs que, mis à part l’élection présidentielle de 1995, le taux le plus élevé a atteint 47% lors des législatives de 1991, alors que même l’engouement pour la politique était à son niveau le plus élevé. Sur le plan de la genèse de ce phénomène, rappelons que la crise économique et sociale de la fin des années 80, va révéler l’improvisation et l’inopérance des politiques menées par un personnel programmé pour le contrôle et l’embrigadement plutôt que pour l’anticipation et la rigueur. La chute du pouvoir d’achat, le sentiment d’injustice et d’abandon finiront par créer un fossé important entre les dirigeants et une population tenue à l’écart de son propre destin. Les élites ou les segments de la société réputés comme tels, qui auraient pu être un liant social ou même le moteur d’une structuration citoyenne, sont en majorité absentes. Sans repères, sans recours, la population répondra par les seuls instruments qu’elle maîtrise : la contestation et le refus de tout ce qui émane de l’Etat, notamment la participation aux élections. Un sursaut tout de même, lors de la lutte anti-terroriste où des segments entiers de la population, une partie de la classe politique, les médias et les services de sécurité se retrouveront dans une même mobilisation patriotique. Les taux de participation aux élections de 1995 signent avec éclat cette confiance retrouvée. Elle sera de courte durée. Les institutions élues qui auraient pu être une voie d’émancipation politique et citoyenne sont redevenues des lieux où se signent les allégeances. En réaction, la défiance populaire reviendra aussi. C’est dire que ce phénomène qui perdure, ne cessera que lorsque les scrutins seront libres et honnêtes et que la classe politique en redeviendra une avec des cadres et des militants et non comme c’est le cas aujourd’hui, des rassemblements hétéroclites d’individus flairant «le bon coup».
Ces élections se sont tenues dans un climat régional très tendu. Cela a-t-il eu des conséquences dans notre pays ?
Peu en vérité. Rappelons tout de même que les révoltes en Tunisie, au Yémen et en Egypte, dans tous les cas chevauchées par les islamistes, ont installé des climats de guerre civile à nos frontières. Ce que d’aucuns ont nommé «printemps arabe» s’est révélé très vite être le tombeau des libertés pour lesquelles se sont sacrifiées des milliers de personnes. Mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on sait que les seuls segments organisés de la société et qui bénéficient de l’aide ouverte de certaines pétromonarchies, sont les groupes les plus radicaux de l’islamisme. Nous connaissons très bien cela en Algérie, comme nous connaissons, aujourd’hui, le résultat de ces révoltes : une instabilité qui tend vers la chronicité que les Algériens connaissent et redoutent. Puisque vous parlez de conséquences, je pense que ce climat délétère a provoqué une réaction des pouvoirs publics, président en tête, par l’annonce d’une série de réformes. Pour ma part, je persiste à croire que si l’Algérie a été épargnée par ce séisme, ce n’est ni parce que des financements importants ont été mobilisés pour les jeunes, ni parce que de nouveaux partis ont été agréés, ni parce qu’une «politique généreuse» de distribution de logements a été mise en place. La raison tient au fait que toute une génération d’Algériens est traumatisée par la violence et tient en suspicion ces révoltes spontanées, lassée qu’elle est par le détournement de sacrifices souvent payés dans le sang. On comprend dès lors, pourquoi la contamination n’a pas fonctionné et pourquoi elle n’a pas influé sur le cours et les résultats de ces élections.
Comment expliquez-vous que les islamistes aient sombré lors de ces consultations ?
D’abord je relève que ces partis n’ont dénoncé la fraude que du bout des lèvres. Les raisons du désaveu qui les a frappés est à rechercher dans leur implication dans l’exercice du pouvoir depuis plus de 15 ans, des piètres performances de leurs élus locaux, comme dans les contestations internes qu’ils ont connues. Il est vrai que les promesses de paradis ne tiennent pas lorsqu’on gère une APC ou un ministère. C’est aussi dans ces résultats qu’on peut lire que même «boostés» à l’euphorie de la victoire islamiste dans les pays voisins, ils n’ont pas pu enjamber la méfiance de la population à leur égard.
Au regard de l’ensemble des résultats, pensez- vous que la multitude des partis politiques nouvellement agréés a changé la carte politique nationale ?
Ce n’est pas le moindre des paradoxes algériens. Le refus d’agréer des partis politiques est illégal et même anticonstitutionnel, permettre leur constitution, c’est ouvrir la boîte de Pandore d’où surgissent plus de maux qu’il n’y en avait à combattre. Car, objectivement, quelques structures mises à part, d’où viennent ces partis ? Représentent-ils un courant de pensée, une école économique, une opposition qu’on nous a cachés pendant des décennies ? Tout le monde sait que non. C’est pour l’essentiel des organisations fantoches, qui n’ont retenu de l’exercice de la politique que le côté pervers qui commence à faire école dans notre société. La rapine et la corruption, souvent d’ailleurs accolées à des profits délirants, contribuent à installer, dans de nombreux cas, aux commandes des assemblées élues, des satrapes qui annihilent tout espoir de développement, de service public ou tout simplement d’amélioration du cadre de vie. Sans base militante, sans programme, sans même une idée de ce qu’est la politique, cette caricature de vie démocratique empoisonne et décrédibilise encore plus la classe politique. Cette improvisation burlesque de partis rachitiques ayant naturellement contribué à reconduire les segments habituels aux commandes des institutions, aboutit à un résultat assez cocasse : un pluralisme de droit, une hégémonie de fait, voilà mon commentaire.
Vous appartenez à la génération qui a été à l’avant-garde du combat pour la démocratie, la liberté et les droits de l’Homme, quel poids représente, selon vous, aujourd’hui ce courant dans le pays ?
Je tiens d’emblée à préciser que je ne regrette rien de mes engagements au MCB, à la Ligue des droits de l’Homme ou les deux partis que sont le FFS et le RCD. C’est une expérience peu commune pour qui sait mesurer les nombreux sacrifices que cela implique pour les militants. C’est aussi, malheureusement, des lieux où le pouvoir solitaire de la décision politique, du pouvoir de désignation et de limogeage est une constante largement partagée. Sur un plan plus politique, je déplore que le potentiel de démocratie et de modernité porté par de nombreux militants et qui représente une aspiration pour de larges pans de la société, n’ait pas pu trouver un prolongement à l’intérieur même des structures. L’instabilité organisée des cadres, l’outrance dans le discours et les décisions erratiques sont autant de facteurs endogènes qui ont brouillé l’image de ce courant. Le résultat est sans appel : une influence dans la société relativement faible et des scores électoraux en deçà du potentiel supposé. Les coups de boutoir du pouvoir et l’ostracisme dont ont été victimes ces partis, sont une partie de l’explication, ils ne sont pas toute l’explication. Quoi qu’il en soit, je mesure avec lucidité à quoi la Nation algérienne a échappé au début des années 90 et le chemin qui reste à parcourir pour que des institutions ayant comme vertu cardinale une véritable ambition pour le pays, se mettent en place. Nous sommes probablement à la veille de grands bouleversements induits de fait par ce qui agite la scène mondiale et notamment régionale, il appartiendra à chacun de se déterminer selon sa conscience.
Abdelaziz Bouteflika annonce une prochaine révision en profondeur de la Constitution. En tant que cadre ayant exercé une responsabilité dans l’exécutif, quels sont pour vous les vrais enjeux de cette révision, sachant que l’on parle déjà de consolidation du régime présidentiel à deux mandats de sept ans et la création d’un poste de vice-président ?
Hors indiscrétions ou points de vue de journalistes, je n’ai à ce jour aucune idée concrète de ce qui va être touché par cette révision. Je peux vous répondre qu’une constitution, quelle qu’elle soit, ne vaut que par l’application qui est faite des dispositions qui y sont contenues. Cependant, il faut préciser que ce n’est pas la nature du régime, qu’il soit présidentiel ou parlementaire, qui fait ou non la démocratie. L’un comme l’autre peuvent accoucher d’une dictature. Pour ma part et en raison de l’état actuel de la classe politique et de la société, un régime parlementaire strict me paraît être porteur de graves dérives. Cependant, le véritable enjeu se situe dans la constitution et dans le dispositif légal qui encadre toutes les hautes fonctions. A ce titre, alors que l’Algérie fête le cinquantième anniversaire de son indépendance, le président de la République peut saisir l’occasion pour une réforme qui installe définitivement la Nation et l’Etat algériens hors des vicissitudes du temps et de l’humeur des hommes. Il a le pouvoir et la responsabilité de hisser l’Algérie au rang d’un véritable Etat de droit. Le respect et la promotion des droits de l’Homme, l’égalité des citoyennes et des citoyens, la liberté de culte et les moyens juridiques de sa protection doivent constituer le socle du chapitre organisant les libertés. Le rôle de l’école, comme lieu de savoir, d’acquisition de la connaissance et de civisme, devra définitivement être énoncé et les enfants mis à l’abri des influences politiques et idéologiques. La justice, objet de courroux populaire légitime, doit subir une mue totale pour n’être qu’une institution qui rend le droit au service exclusif du citoyen. J’ai conscience que cela a été dit et redit, mais il existe toutefois des périodes qui peuvent être plus propices que d’autres pour porter le changement vers le mieux. Concernant le retour à deux mandats, j’estime que la limitation est en soi une vertu. Notre pays ne vit pas en vase clos et les changements qui bouleversent la carte géopolitique mondiale impactent inévitablement notre société et nos institutions. L’alternance, surtout à ce niveau de responsabilité, est une exigence de l’Etat moderne auquel nous aspirons. L’allongement de la durée du mandat présidentiel et la création d’un poste de vice-président me donnent à penser que ce qui est recherché c’est des dispositifs politico-juridiques destinés à mettre en place une plus grande stabilité. Le poste de vice-président quant à lui procède de la même logique : la stabilité. N’oublions pas que dans les années 90, l’Algérie s’est retrouvée sans aucune institution élue pendant près de 4 ans. Il y a quelques années de cela, l’état de santé du président avait suscité débats, controverse et provoqué une inquiétude au sein de la société. J’avoue, cependant, que ce qui me préoccupe le plus, c’est l’encadrement constitutionnel de toutes les fonctions d’Etat.
Quelques mois nous séparent des prochaines présidentielles. Des voix commencent déjà à s’élever qui pour demander un 4e mandat, qui pour «vendre» d’autres candidatures. Pensez-vous que Bouteflika serait tenté par un autre mandat ?
Vous me demandez de faire de la divination. La chose que je retiens et qu’il me semblait avoir comprise c’est que le train des réformes initiées par le président devrait trouver son aboutissement avec la réforme de la Constitution. L’instrument des hommes politiques étant la parole, je m’en tiendrais là. Je constate, par ailleurs, qu’aucun candidat réputé potentiel ne donne des signes, même de pré-engagement. Peut-être est-il trop tôt.
Le Nord-Mali est occupé depuis plus de 8 mois par différentes factions islamistes qui y sèment désolation et terreur. L’Algérie court-elle un réel danger et quel est selon vous l’approche qui garantirait la sécurité du pays ?
De fait pour des raisons aussi bien économiques, politiques que communautaires, la région du Sahel est marquée par une instabilité qui n’est pas nouvelle. Dans les années 70, l’Algérie avait développé une politique africaine aussi bien en direction des hommes politiques qu’en direction des populations de cette région. Aide humanitaire et économique, formation de cadres dans les universités algériennes, présence active de nos ambassades, ont contribué à faire de notre pays un partenaire incontournable et écouté dans cette région. L’abandon de cette politique à partir des années 80 s’est aggravé avec la chute brutale des ressources et l’explosion du terrorisme. Vingt ans d’absence sur cette scène régionale ont réduit le poids et l’influence de notre pays, au profit de vat- en-guerre, notamment Kadhafi. Mais la crise paroxystique qui touche actuellement le Mali est la conséquence directe de ce qui s’est passé en Libye. L’intervention militaire des forces de l’OTAN a permis de faire tomber le régime de Kadhafi, mais a libéré un marché gigantesque d’armes (y compris lourdes) accessibles à tous les groupes terroristes. Ce que les stratèges appellent «le coup d’après» a été volontairement ou involontairement ignoré. La solution militaire qui semble, aujourd’hui, séduire certains y compris à l’intérieur du pays, n’est certainement pas dans notre intérêt. Il appartient à l’ensemble des institutions concernées par le problème de mobiliser leurs ressources pour qu’une solution politique négociée soit trouvée. Reste le problème des groupes liés à El-Qaïda auquel il faut réserver un traitement particulier. Je le répète, et c’est ma conviction, qu’un conflit armé à nos frontières sud peut avoir des conséquences imprévisibles. Des dizaines de milliers de réfugiés et les risques de «contamination» ne sont pas les moindres des dangers.

K. A.


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Message  Mohouch le Mar 25 Déc - 18:01

Il faut saluer ce républicain de la première heure qui a toujours milité pour une laïcité à la française qui remettra Allah à sa place et Mahomet à la niche.
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Message  rebelle kabyle le Mer 21 Juin - 1:50

Aokas triste

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Message  Mohouch le Mer 21 Juin - 15:43

Tu es contre un régime laïc ?
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